Evelyne, 47 ans, professeure de piano, vit avec ses deux filles dans des maisons en sable et en chaux
Beuzec, Finistère. Depuis la route, on ne devine rien. Il faut s'enfoncer un peu entre les arbres pour découvrir un rêve d'enfant, la maison des Barbapapa. Au milieu d'une petite clairière, des bulles blanc cassé, un mètre soixante de hauteur peut-être, des fenêtres de récupération en guise de minuscules portes, une cheminée étroite. C'est ici qu'Evelyne vit avec ses deux filles de 9 et 15 ans, dans son « ker terre » (un néologisme franco-breton qui signifie « maison en terre » – en réalité un mélange de sable et de chaux), une simple demi-sphère destinée à contenir un petit matelas, une corbeille de fruits et un âtre. Libre, instinctive, elle dit qu'il est « important pour une femme de construire sa maison ». Radicalement décidée à ne plus contribuer à la destruction de la planète, Evelyne s'est habituée à subsister avec les légumes de son potager, ses arbres fruitiers ainsi que les nombreuses variétés de plantes sauvages et comestibles qu'elle mélange en salade. Pas de loyer, pas de factures, elle vit de son petit salaire de professeure de piano, une journée par semaine, dans le village voisin. Lorsqu'elle se rend à la supérette de Beuzec pour acheter les bougies qui l'éclairent, elle s'amuse en explorant les rayons : « Je n'ai plus besoin de ça, ni de ça, ni de ça... » Elle se lave à l'eau de pluie, qu'elle chauffe dans son âtre en hiver et parfume avec du romarin ou de la lavande. Le peu d'eau savonneuse qu'elle utilise (du shampoing bio), elle prend soin de la rejeter dans un bac où elle s'évapore au soleil, afin de ne pas souiller la terre. Dans son jardin, un arbre aux feuilles extrêmement douces remplace papier toilette et mouchoirs en papier. Elle ne possède pas grand-chose, quelques vêtements, quelques poteries.
Evelyne la solitaire n'est pas une misanthrope. Elle a son clan, sept amis vivant comme elle dans des sculptures de sable, des yourtes ou des tipis disséminés dans les buissons. A l'origine de leur rencontre : le four à pain. Evelyne l'a construit il y a quelques années avec le père de sa plus jeune fille. Et rapidement, il est devenu un point de convergence entre eux et les habitants des villages environnants. Peu à peu, leur mode de vie a fait des émules. Des enfants ont même
vu le jour. Spacieuse, toujours ouverte, la vieille « ker terre » sert aujourd'hui de pièce commune, mais aussi
d'école pour une poignée d'enfants du voisinage, avec la bénédiction de l'inspection académique.